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8 Feb

La Banque du Canada ne réduit pas son taux directeur

General

Posted by: Francine Perrier

Comme l’avait prévu la moitié des analystes de marchés, la Banque du Canada a maintenu sa cible quant au taux à un jour à 0,5 %. La Banque a affirmé que les perspectives en matière d’inflation sont essentiellement comme prévues et que « la dynamique de l’économie mondiale correspond grandement à ce qui était anticipé dans le Rapport sur la politique monétaire (RPM) d’octobre de la Banque. »

Vraiment? Les prix du pétrole ont dégringolé à des niveaux inattendus. Les marchés boursiers sont en forte baisse et le dollar canadien a chuté plus que prévu et, assurément, l’écart de production demeurera plus important, et ce, pendant une période plus longue que ce qui était prévu dans le RPM d’octobre.

La Banque a attribué le recul de l’économie canadienne à la poursuite temporaire du déclin des prix du pétrole. La Banque s’attend maintenant à ce que le retour de l’économie à un niveau supérieur à son potentiel de croissance soit retardé jusqu’au deuxième trimestre de 2016. Elle prévoit que l’économie canadienne croîtra d’environ 1,5 % en 2016 et de 2,5 % en 2017, et que l’écart de production se refermera vers la fin de 2017. Ceci représente l’essentiel de la prévision de la Banque sans tenir compte de l’incidence positive des mesures fiscales attendues dans le prochain budget fédéral.

Vraiment? J’ai l’impression que les prévisionnistes économiques de la Banque du Canada vivent dans un univers parallèle, là où les choses sont beaucoup plus roses qu’ici, sur la planète.

Ne vous méprenez pas, il y a plusieurs bonnes raisons pour lesquelles la Banque du Canada s’est abstenue de réduire son taux. Le dollar canadien a déjà fortement chuté et une réduction du taux aurait pu déclencher une débâcle de la devise. Compte tenu des préoccupations importantes en ce qui a trait à la dette des ménages, une autre réduction de taux pourrait faire augmenter le risque d’encourager l’endettement excessif. De plus, avec des taux d’intérêt déjà si faibles, une autre réduction aurait probablement très peu d’avantages sur le plan macroéconomique et la Banque doit se garder des munitions au cas où les choses se détériorent au cours des mois à venir. Aussi, puisque le gouvernement fédéral stimulera l’économie grâce à des dépenses liées à l’infrastructure, adopter une approche attentiste est sensé.

Mais le fait de suggérer que la faiblesse actuelle soit attribuable à des facteurs temporaires et qu’un redressement soit en cours sans stimulant financier manque de crédibilité et semble optimiste au mieux et irresponsable au pire. Les prix du pétrole ne chutent pas en raison de facteurs temporaires. Le monde s’ajuste à une réalité parallèle où l’approvisionnement en pétrole excède de beaucoup la demande durable et une production supplémentaire est attendue de l’Iran. La production du pétrole canadien est parmi les plus chères au monde et les prix reçus par les producteurs de pétrole canadiens (Western Canada Select (WCS) dans le tableau ci-dessous) sont de beaucoup inférieurs aux prix d’ailleurs. Cela fait en sorte que la restructuration difficile dans le secteur pétrolier se poursuit inévitablement. Il ne s’agit pas de facteurs temporaires.

La Norvège, un autre géant du pétrole dont les coûts de production sont onéreux, reconnaît son besoin d’accélérer sa transformation économique. Dans son budget d’octobre 2015, le gouvernement de la Norvège a déclaré que « les perspectives économiques sont différentes de celles auxquelles nous avons été habitués au cours des 10 à 15 dernières années… Le pétrole n’est plus le moteur de croissance de l’économie. » Face au besoin de restructuration, le gouvernement de la Norvège désire changer sa dépendance au pétrole en faveur d’autres industries. La Norges Bank, la banque centrale de la Norvège, a donné des directives selon lesquelles les taux d’intérêt peuvent être réduits davantage en 2016 à partir des faibles niveaux records, malgré les inquiétudes concernant une bulle des prix de l’immobilier à Oslo et ailleurs en raison des taux de plus en plus bas. La Norges Bank a prévenu que l’inflation des prix de l’immobilier était plus importante que prévu et que la dette des ménages, déjà à des niveaux élevés records, continuerait de dépasser la croissance des revenus.

La Banque du Canada a été sous la courbe depuis le début du déclin des prix du pétrole en 2014, révisant à la basse ses prévisions pour l’économie canadienne dans chacun des rapports trimestriels sur le politique monétaire. Pendant combien de temps pourra-t-on continuer d’attribuer la faute aux facteurs temporaires imprévus?